Hydrocarbures : Remous à la Sonahydroc autour de nouvelles discussions discrètes sur les blocs pétroliers du Graben Albertine

La semaine dernière a été marquée par quelques remous au sein de la SONAHYDROC, la société nationale congolaise des hydrocarbures. En cause : des informations faisant état d’une reprise des discussions autour du développement des blocs pétroliers I et II du Graben Albertine, dans l’Ituri.

Ces remous seraient liés au fait que les discussions évoquées se seraient tenues sans l’implication de la société pétrolière nationale, détentrice légale de ces actifs pour le compte de l’Etat.

Selon plusieurs sources internes, les cadres et agents auraient eu vent de tractations nouées par les autorités sectorielles avec plusieurs opérateurs étrangers. On parle pèle mêle d’une société dénommée Highland Shaba Holdings Ltd, d’Operadora Cerro Negro S.A. ou encore d’Heritage Oil Limited, un nom bien connu dans les allées du secteur en Ituri.

Chez les cadres et agents de la Sonahydroc, il se rapporte que toutes ces tractations porteraient sur des perspectives d’exploitation future des blocs I et II du Graben Albertine. Et le point de friction est que la SONAHYDROC ne serait, à ce stade, ni associée aux discussions techniques ni représentée dans les cadres où se dessineraient déjà les orientations stratégiques relatives à ces actifs pétroliers.

Ces informations ont donc rapidement suscité des remous au sein de l’entreprise. Des sources concordantes indiquent que la délégation syndicale envisagerait de prendre langue avec la direction générale afin d’obtenir des éclaircissements sur la réalité et la portée des discussions en cours.

Pour plusieurs agents, en effet, l’enjeu dépasse le cadre d’un simple débat administratif : il s’agit de savoir si les textes qui consacrent le rôle central de la société nationale dans la gestion des ressources pétrolières seront ou sont effectivement respectés.

Une mise à l’écart jugée contraire au cadre légal

Car les inquiétudes exprimées au sein de la société reposent sur des arguments juridiques précis. On rappelle, en effet, que la Loi n°15/012 du 1er août 2015 portant régime général des hydrocarbures a fait de la société nationale des hydrocarbures le véhicule de participation de l’État congolais dans l’ensemble des activités pétrolières, de l’exploration à l’exploitation et à la commercialisation. Cette réforme avait notamment conduit à la transformation de l’ancienne Cohydro en SONAHYDROC, précisément pour permettre à

L’État d’exercer sa participation dans toute la chaîne de valeur pétrolière.

L’on rappelle également qu’en avril 2025, le gouvernement avait franchi une étape supplémentaire lors de sa 39e réunion ordinaire du 11 avril 2025. Le Conseil des ministres avait approuvé le projet de décret instituant un régime d’attribution directe de droits pétroliers à la SONAHYDROC. Et selon le compte rendu officiel, les blocs I et II du Graben Albertine figuraient parmi les premiers actifs appelés à être développés dans ce nouveau cadre, l’entreprise publique devant porter les droits pétroliers et conclure, le cas échéant, des contrats de services avec des partenaires spécialisés.

Pour les agents donc, l’exclusion de la société nationale d’éventuelles négociations relatives à ces mêmes blocs apparaît difficilement conciliable avec trois principes fondamentaux : le rôle reconnu à la SONAHYDROC par la législation pétrolière, la préservation des intérêts patrimoniaux de l’État et la stratégie gouvernementale visant explicitement à renforcer la place de l’entreprise publique dans le secteur des hydrocarbures.

« Comment mener des discussions sur l’avenir des blocs I et II sans associer l’entité que l’État a lui-même désignée pour assurer leur valorisation ? », s’interroge un cadre de l’entreprise sous couvert d’anonymat.

Un dossier revenu dans le giron de l’État

Les blocs I et II du Graben Albertine figurent parmi les actifs pétroliers les plus importants de la RDC. Leur histoire récente est marquée par l’expiration des permis d’exploration détenus dans le cadre du système mis en place autour des sociétés Caprikat Ltd et Foxwhelp Ltd, puis par le protocole de règlement conclu en février 2022 entre la RDC et Ventora Development SASU appartenant à Dan Gertler, lequel a permis la restitution à l’État congolais des actifs concernés.

Après l’annulation du processus d’appel d’offres des 27 blocs pétroliers en octobre 2024, le gouvernement avait alors choisi une nouvelle orientation consistant à faire de la SONAHYDROC le pivot institutionnel du développement futur de ces ressources. Cette approche devait ainsi rompre avec l’architecture contractuelle antérieure et renforcer la maîtrise publique des actifs pétroliers stratégiques.

La réunion tenue le 15 septembre 2026 autour de la ministre d’État chargée des Hydrocarbures a précisément porté sur la valorisation des blocs I et II, les stratégies d’exploration, les infrastructures nécessaires à leur développement ainsi que les perspectives de coopération régionale avec l’Ouganda voisin. Mais les travailleurs s’inquiètent de n’avoir pas aperçu les représentants de l’entreprise.

Le souvenir d’exclusions précédentes

Leurs inquiétudes sont renforcées par des précédents que plusieurs agents n’ont pas oubliés.

Les agents se souviennent que la SONAHYDROC a déjà été marginalisée dans plusieurs dossiers stratégiques liés aux hydrocarbures. C’est notamment le cas des précédentes négociations relatives aux blocs pétroliers du lac Albert, mais également du projet de Zone d’intérêt commun (ZIC) du pétrole sur le plateau continental partagé entre la RDC et l’Angola.

Dans ces différents dossiers, plusieurs observateurs avaient déjà soulevé la question du rôle réservé à l’entreprise nationale dans des projets engageant pourtant directement les intérêts pétroliers de l’État congolais. La perspective de voir se reproduire ces scénarios dans le dossier du Graben Albertine ne pouvait donc que susciter cette forte inquiétude parmi les agents.

Une question de gouvernance et de souveraineté

En attendant une éventuelle prise de position officielle de leur représentation, les agents mettent en garde contre les risques liés à une éventuelle nouvelle mise à l’écart de la société nationale : affaiblissement de son rôle institutionnel dans un projet stratégique, négociation de paramètres techniques ou financiers sans prise en compte des intérêts de l’entité appelée à détenir les droits pétroliers, création d’un précédent pour les futurs projets et risque de contestations juridiques fondées sur le non-respect du cadre légal applicable.

Pour eux, l’objectif n’est pas d’entraver les discussions en cours ni de décourager l’arrivée de partenaires techniques et financiers, mais de garantir le respect du rôle attribué par la loi et par les orientations gouvernementales à la société nationale des hydrocarbures.

Aucune communication officielle n’est venue, à ce stade, confirmer ou démentir l’existence de négociations menées sans la participation de la SONAHYDROC. Mais l’émoi provoqué par ces informations révèle une préoccupation plus profonde : celle de la place réelle accordée à l’entreprise publique dans la gouvernance des ressources naturelles du pays.

Alors que le gouvernement affiche sa volonté de faire du secteur pétrolier un levier de souveraineté économique, la question qui agite aujourd’hui les couloirs de la SONAHYDROC est simple : l’entreprise appelée à représenter l’État congolais dans les blocs I et II du Graben Albertine sera-t-elle au cœur des décisions ou restera-t-elle, une nouvelle fois, à la périphérie d’un dossier stratégique dont elle est censée être l’un des principaux acteurs ?

 

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