7eme Sommet UA- UE : Félix Tshisekedi exige le bilan de 25 ans de partenariat Nord – Sud

La capitale angolaise, Luanda, a abrité le 7eme sommet des chefs d’Etat et de gouvernement africains et européens. C’était l’occasion pour les dirigeants africains et européens de passer en revue les contours du partenariat qui lie depuis un quart de siècle, en relever les points forts et les faiblesses en vue de corriger ce qui n’a pas marché pour promouvoir un avenir heureux et profitable à tous, dirigeants du Nord et du Sud.

Placé sous le thème « Promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme effectif », le sommet de Luanda a permis aux dirigeants africains et européens de faire un véritable diagnostic en vue de booster un avenir meilleur pour les peuples africains et européens. Comme d’habitude, les participants ont vanté le partenariat entre le Nord et le Sud établi en 2000, en Egypte, et plaidé pour son renforcement.

Félix Tshisekedi pour une évaluation sans complaisance

Prenant la parole, le Président Félix Tshisekedi de la République Démocratique du Congo a exprimé son voeu de voir les dirigeants des deux continents procéder à une évaluation sans complaisance de leur partenariat, après 25 ans d’existence de celui-ci. Car, le bilan établi permettre de corriger qui mérite d’être corrigé, revoir et repenser ce qui n’a pas bien marché pour promouvoir l’avenir qui satisfasse les peuples, premier bénéficiaire de toute action publique.

Pour ce faire, le chef de l’État Rd-congolais, Félix Antoine Tshisekedi veut qu’on fasse le bilan.

« Ce rendez-vous ne devrait donc pas être une simple séquence diplomatique. C’est un moment de bilan, pour examiner avec lucidité ce que notre partenariat a réellement changé dans la vie de nos peuples ; un moment de vérité pour reconnaître ce qui doit être corrigé, repensé, parfois refondé ; un moment de projection pour tracer, ensemble, les contours d’un partenariat plus robuste, plus équilibré, et résolument tourné vers l’avenir « , a déclaré Félix Tshisekedi.

Parlant de prospérité, de la mobilité ou mouvement des populations, de commerce et d’investissement, le Président de la République a fait remarquer que ces concepts ne peuvent se réaliser que lorsqu’il y a la paix et la sécurité. Aussi longtemps que nombre de régions, en Afrique, sont en proie à l’insécurité, on peut jamais atteindre ces objectifs et prétendre donner satisfaction aux peuples.  « Nous devons d’abord regarder en face la réalité qui frappe encore trop de régions de notre continent : la paix et la prospérité y sont devenues des urgences vitales ».

A propos de l’insécurité, particulièrement la guerre dont son pays, la République Démocratique du Congo, est victime avec une partie du territoire occupée par l’armée rwandaise, Félix Tshisekedi a invité ses homologues européens et africains à s’impliquer pour le respect strict des principes qui régissent toutes les organisations réunissant les Etats, à savoir : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats membres, la non  ingérence et le non recours à la force. « Ces principes qui fondent notre ordre continental, à savoir : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, la non ingérence et le non recours à la force, sont aujourd’hui mis à rude épreuve. La République Démocratique du Congo est malheureusement un exemple douloureux « , a-t-il rappelé.

Par ailleurs, tout en soutenant le multilatéralisme, Félix Tshisekedi veut à ce que celui-ci soit un respect égal des règles internationales, une coopération fondée sur la transparence et une solidarité authentique qui n’abandonne aucun peuple à son sort lorsque ses droits fondamentaux sont bafoués « . Car, a-t-il poursuivi : tant que des populations entières resteront exposées aux massacres, aux violences sexuelles, aux déplacements forcés et à l’insécurité permanente, nous ne pourrons ni parler sereinement de prospérité, ni parler de mobilité humaine maîtrisée. Aucun agenda économique, aucun projet migratoire ne peut être durable s’il ignore les drames humains qui en constituent le tourreau. Son voeu est de voir ce 7eme sommet des chefs d’Etat et de gouvernement soit celui où le partenariat UE – UA, déjà vieux de 25 ans, assume pleinement sa maturité en plaçant la paix, la dignité humaine et la prospérité partagée au coeur du projet commun.

Ci-dessous le discours de Félix Antoine Tshisekedi au 7eme sommet des chefs d’Etat et de gouvernement – Union Africaine – Union Européenne :

Dom

 

DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR FELIX-ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, A L’OCCASION DU 7ème SOMMET UNION AFRICAINE – UNION EUROPEENNE

 

Kinshasa, 24 novembre 2025

 

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,

Monsieur le Président de la République d’Angola,

Monsieur le Président du Conseil Européen,

Madame la Présidente de la Commission Européenne,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Commissions de l’Union Africaine et de l’Union Européenne,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, avant toute chose, exprimer la profonde gratitude de la République Démocratique du Congo à notre hôte, le Président João Manuel Gonçalves Lourenço, ainsi qu’au Gouvernement et au peuple frères de la République d’Angola pour l’accueil chaleureux et la hospitalité généreuse qui nous sont réservés ici, à Luanda.

Votre pays exerce, en cette période, la présidence tournante de l’Union africaine. C’est un signe fort que ce 7ᵉ Sommet Union Africaine – Union Européenne se tienne sur cette terre angolaise, symbole de résilience, de paix retrouvée et d’engagement en faveur de l’unité du continent. Ici, à Luanda, nous ressentons la force d’une Afrique qui choisit la coopération plutôt que la division, la responsabilité plutôt que la résignation, la paix plutôt que la fatalité.

Ce 7ᵉ Sommet Union Africaine – Union Européenne revêt une portée particulière car il coïncide avec le 25ᵉ anniversaire de notre partenariat, lancé au Caire en l’an 2000. Vingt-cinq ans plus tard, nous voici réunis pour évaluer le chemin parcouru, mesurer nos manquements, mais surtout réaffirmer une ambition commune : promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme effectif, conforme au thème qui nous rassemble.

Ce rendez-vous ne devrait donc pas être une simple séquence diplomatique. C’est un moment de bilan, pour examiner avec lucidité ce que notre partenariat a réellement changé dans la vie de nos peuples ; un moment de vérité, pour reconnaître ce qui doit être corrigé, repensé, parfois refondé ; un moment de projection, pour tracer, ensemble, les contours d’un partenariat plus robuste, plus équilibré, et résolument tourné vers l’avenir.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Si nous voulons parler de prospérité, de mobilité, de commerce et d’investissement, nous devons d’abord regarder en face la réalité qui frappe encore trop de régions de notre continent : la paix et la sécurité y sont devenues des urgences vitales.

Les principes qui fondent notre ordre continental, à savoir : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, la non-ingérence et le non-recours à la force, sont aujourd’hui mis à rude épreuve. La République Démocratique du Congo en est malheureusement un exemple douloureux.

Mon pays fait face à une agression caractérisée, dont les conséquences sécuritaires et humanitaires sont désormais établies et largement documentées. Pourtant, au cœur même de cette adversité, nous avons résolument choisi la voie du dialogue, de la retenue et du droit.

C’est dans cet esprit que nous réaffirmons notre attachement à l’Accord de paix de Washington conclu entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi qu’aux efforts diplomatiques qui en découlent ; au processus de Doha et à la médiation conduite sous l’égide de l’Union africaine ; enfin, à la mise en œuvre pleine et entière de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige la cessation des hostilités, le retrait des forces étrangères de notre territoire et le respect scrupuleux des mécanismes de paix agréés.

La tragédie que traverse aujourd’hui mon pays n’est, hélas, pas un cas isolé. Du Sahel en proie au terrorisme, au Soudan ravagé par la guerre, en passant par le conflit toujours meurtrier entre l’Ukraine et la Russie et par la grave crise humanitaire en Palestine et au Yémen, tant d’épreuves nous rappellent que la souffrance humaine ne connaît pas de frontières et que notre engagement pour la paix doit demeurer impartial, constant et résolu.

Je le dis avec franchise : tant que des populations entières resteront exposées aux massacres, aux violences sexuelles, aux déplacements forcés et à l’insécurité permanente, nous ne pourrons ni parler sereinement de prospérité, ni parler de mobilité humaine maîtrisée. Aucun agenda économique, aucun projet migratoire ne peut être durable s’il ignore les drames humains qui en constituent le terreau. La dignité humaine ne se découpe pas par fragments : elle se protège dans son intégralité, partout et pour tous..

La première responsabilité de notre partenariat Union Africaine – Union Européenne, dans le pilier « Paix, sécurité, gouvernance et multilatéralisme », est donc de mettre au centre la sécurité des peuples et le respect des engagements pris.

Le thème de ce sommet nous invite d’ailleurs à un examen de conscience collectif : avons-nous réellement pratiqué le multilatéralisme que nous proclamons ?

Le multilatéralisme effectif, que nous appelons de nos vœux, suppose :

  • Un respect égal des règles internationales, sans géométrie variable, ni hiérarchie implicite entre les souffrances.
  • Une coopération fondée sur la transparence, où les engagements pris sont suivis d’effets tangibles.
  • Une solidarité authentique, qui n’abandonne aucun peuple à son sort lorsque ses droits fondamentaux sont bafoués.

Dans cet esprit, la République Démocratique du Congo plaide pour un partenariat Union Africaine – Union Européenne profondément renouvelé, fondé sur le respect absolu de la souveraineté des États africains, dont l’intégrité territoriale ne saurait, en aucun cas, être négociée ni relativisée ; sur une coopération sécuritaire transparente, recentrée sur la protection effective des populations civiles et non sur des agendas parallèles ; sur un partenariat économique véritablement équitable, favorisant la transformation locale de nos ressources, l’industrialisation et la création d’emplois décents ; enfin, sur une cohérence assumée entre les principes proclamés et les actes posés, tant en Afrique qu’en Europe, et sur l’ensemble des théâtres de crise.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

L’un des messages forts portés par nos échanges et par les rapports préparatoires à ce Sommet est la nécessité d’un changement profond de paradigme. Nous devons quitter la logique traditionnelle de l’ « aide » pour adopter un modèle basé sur le leadership partagé, le co-investissement, et la mobilisation coordonnée des capitaux publics et privés.

Avec plus d’1 milliard d’habitants, une jeunesse en pleine expansion et des ressources immenses, l’Afrique ne demande pas la charité. Elle demande des partenariats structurants, capables de soutenir sa transformation en profondeur, dans le respect des impératifs climatiques et des besoins du développement humain.

Le Sommet de Bruxelles, en 2022, avait posé les bases d’un dialogue renforcé sur la paix, la sécurité et le développement économique. Le Sommet de Luanda doit aller plus loin en alignant clairement les investissements sur l’Agenda 2063, sur les Objectifs de Développement Durable, et sur la Vision commune Union Africaine – Union Européenne 2030, qui fait de l’Afrique un partenaire stratégique à part entière, et non un simple réceptacle de programmes décidés ailleurs.

Les questions de migrations et de mobilité, deuxième axe thématique de notre sommet, appellent également une approche de responsabilité partagée.

Nous savons tous que l’essentiel des mouvements migratoires africains se déroule à l’intérieur du continent. Nous savons aussi que les images dramatiques de jeunes prenant la mer au péril de leur vie ne sont que le symptôme visible de causes plus profondes, notamment : le manque d’opportunités économiques, les conflits armés, les effets du changement climatique, la fragilité des systèmes éducatifs et sociaux.

Si nous voulons une mobilité humaine organisée, sûre et régulière, il nous faut créer des perspectives d’avenir sur nos propres territoires ; développer des voies légales et encadrées de mobilité entre l’Afrique et l’Europe ; lutter ensemble contre les réseaux criminels qui exploitent la détresse des migrants ; et faire de la diaspora africaine en Europe un véritable pont de co-développement, et non un sujet de malaise récurrent.

Aucun discours sur les migrations ne sera recevable s’il ne prend pas en compte la dignité, les droits et les aspirations légitimes des individus qui migrent.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

La lutte contre le changement climatique constitue un défi global auquel nul ne peut se soustraire.

Avec le Bassin du Congo, la République Démocratique du Congo joue un rôle central dans l’équilibre climatique mondial. Ce patrimoine naturel d’exception — deuxième poumon vert de la planète — stocke des milliards de tonnes de carbone, abrite une biodiversité unique et offre des services écosystémiques essentiels à l’humanité tout entière. Ce capital naturel doit être reconnu à sa juste valeur, protégé par des politiques ambitieuses, et soutenu financièrement de manière prévisible et transparente.

La justice climatique exige que les pays qui contribuent le plus à la stabilité du climat mondial bénéficient d’un soutien proportionnel aux services qu’ils rendent, notamment à travers des financements concessionnels innovants, des marchés du carbone crédibles et des mécanismes de partage de valeur plus équitables.

Par ailleurs, la réforme de la gouvernance mondiale ne peut plus être reportée. La réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, telle que rappelée par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, est une condition pour un multilatéralisme crédible. L’Afrique, qui représente plus d’un quart des États membres de l’ONU, ne peut pas rester au bord de la table où se prennent les décisions majeures pour la paix et la sécurité internationales.

De même, les appels conjoints de l’Union Africaine et de l’Union Européenne à réformer l’architecture financière internationale doivent déboucher sur des avancées concrètes : allègement et restructuration durables de la dette des pays vulnérables, meilleure représentation de l’Afrique au sein des instances de décision du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale, et création d’instruments de financement adaptés aux défis de la transition écologique et numérique.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

La paix exige du courage, celui de dire la vérité, d’assumer ses engagements et de condamner clairement les violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, où qu’elles se produisent. La sécurité requiert de la lucidité, celle de reconnaître que l’instabilité d’une région finit toujours par affecter les autres. Le multilatéralisme demande de la loyauté, celle de faire coïncider nos principes avec nos pratiques, nos résolutions avec nos actes, nos promesses avec des résultats tangibles.

Pour sa part, la République Démocratique du Congo, fidèle à ses engagements internationaux, réaffirme, sa disponibilité à travailler étroitement avec ses partenaires africains et européens, afin que ce partenariat Union Africaine – Union Européenne soit à la hauteur des aspirations de nos citoyens et des défis de notre temps.

Que ce 7ᵉ Sommet Union Africaine – Union Européenne de Luanda soit le Sommet du passage à l’action ; celui où notre partenariat, déjà vieux d’un quart de siècle, assume pleinement sa maturité en plaçant la paix, la dignité humaine et la prospérité partagée au cœur de notre projet commun.

C’est à cette condition que nous pourrons dire, devant l’histoire, que nous avons su répondre aux attentes de nos peuples et, en particulier, de nos jeunesses.

Je vous remercie.

 

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