La signature, samedi à Doha, d’un accord entre Kinshasa et la coalition rebelle de l’AFC/M23 a été saluée de deux côtés comme une avancée significative. Elle ouvre en effet une nouvelle perspective, aussi ténue soit-elle, pour la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Cet accord est un premier pas, une main tendue vers une trêve nécessaire dans une région meurtrie par des décennies de conflits. Il démontre une volonté, au moins tactique, de désamorcer l’une des crises les plus explosives du pays.
Pourtant, derrière les déclarations optimistes et les poignées de main échangées sous les ors de Doha, une ombre immense plane : celle de Kigali. Car si Kinshasa semble faire la paix avec le M23, l’épineux dossier de ses relations avec le Rwanda, accusé de soutenir le groupe rebelle, reste entier. Et c’est là que le bât blesse.
Le scénario semblait pourtant se dessiner : après l’accord avec les rebelles, Washington devait être le théâtre du grand rapprochement entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous les auspices du président Donald Trump. Une perspective qui avait visiblement enthousiasmé le chef de l’État congolais, annoncé depuis Brésil « l’aboutissement heureux » des négociations avec le Rwanda.
Mais l’euphorie aura été de courte durée. Le porte-parole du Gouvernement congolais est rapidement venu jeter un seau d’eau froide sur ces espoirs, réitérant une condition sine qua non et non négociable : aucun accord avec Kigali ne sera signé tant que les troupes rwandaises, ou celles qu’il soutient, fouleront le sol congolais.
Cette déclaration ferme ramène brutalement la diplomatie régionale à la case départ. Elle souligne la profonde défiance qui persiste et rappelle que la racine du mal – l’ingérence étrangère et la guerre par procuration – n’a pas été extirpée. On ne peut se contenter de traiter les symptômes, en signant des paix locales avec des groupes armés, sans s’attaquer au mal qui les alimente.
Alors, que marque réellement la signature de Doha dans cette voie difficile vers la paix ?
Elle est un préalable indispensable, une tentative de désamorcer la bombe à retardement que représente le M23. C’est une paix nécessaire, mais non suffisante. Elle crée peut-être un climat plus propice aux négociations avec le Rwanda, en démontrant la bonne foi de Kinshasa à régler les conflits par le dialogue. Mais elle risque aussi de n’être qu’un répit temporaire si le dialogue de fond avec Kigali n’aboutit pas.
La communauté internationale, et en particulier les médiateurs américains, se trouve face à un défi de taille. Il ne s’agit plus seulement d’asseoir deux présidents autour d’une table, mais de contraindre le Rwanda à un retrait clair et vérifiable de son implication en RDC. Sans cette garantie, toute signature à Washington d’un accord ne serait qu’un chiffon de papier, une trêve illusoire avant la prochaine tempête.
L’accord de Doha est une lueur d’espoir dans la nuit congolaise. Mais il ne doit pas nous aveugler. La véritable paix, celle qui permettra aux populations de l’Est de la RDC de vivre enfin en sécurité, ne viendra que le jour où Kinshasa et Kigali auront trouvé un terrain d’entente durable.
Jusque-là, chaque accord, aussi bienvenu soit-il, ne sera qu’une fragile étape sur un chemin semé d’embûches.