Permis de conduire et contrôle technique : quand un Etat prédateur décide d’asphyxier son pauvre peuple

Dans un Congo, dit démocratique, le permis de conduire et le contrôle technique ne sont plus de garanties de sécurité, mais de pures transactions commerciales au profit d’un État, jugé prédateur. Face à la chute du pouvoir d’achat de la population après l’appréciation forcée du franc congolais, le gouvernement central et les autorités provinciales de Kinshasa lancent une double offensive : le traçage des automobilistes sans permis de conduire et l’instauration d’un contrôle technique décrié. Cette décision impopulaire, perçue comme un « rançonnage » orchestré pour ponctionner les dernières ressources d’un peuple démuni, soulève l’indignation. Alors que les Kinois dénoncent l’absence de routes adéquates et l’incapacité du Gouverneur Daniel Bumba à gérer la capitale, Kinshasa s’apprête à être paralysée dès ce lundi par ce bras de fer entre un pouvoir insensible et une population à bout.

A partir de ce lundi 17 novembre, les automobilistes kinois se réveillent dans un étau. Le gouvernement central et celui de la ville de Kinshasa ont déployé des forces de police pour traquer sans vergogne les conducteurs, dans le cadre d’une opération de vérification massive du permis de conduire et du certificat de contrôle technique. Une décision qui, loin de rassurer sur la volonté d’assainir le secteur, est perçue comme la dernière manœuvre d’un «État prédateur» pour ponctionner un peuple exsangue.

La situation révèle une amère réalité, connue de tous mais rarement dénoncée avec autant de force : dans la République Démocratique du Congo, le permis de conduire ne s’obtient pas sur la base du mérite, mais s’achète. Peu importe que le candidat maîtrise ou non le code de la route et la conduite; l’essentiel pour l’administration est d’«encaisser le montant dû». Le sésame permettant de circuler est ainsi monnayé, au détriment de la sécurité routière.

La logique est identique pour le contrôle technique des véhicules. La question de savoir si un véhicule est en état de circuler ou représente un danger public passe au second plan. L’objectif premier semble être de percevoir l’argent en échange d’un certificat qui servira surtout de «laissez-passer» contre les tracasseries des agents.

Cette nouvelle offensive intervient dans un contexte social des plus tendus. La population tente à peine de se relever des effets dévastateurs de l’appréciation forcée du franc congolais, une mesure qui a laminé le pouvoir d’achat des Congolais. Pour beaucoup, le timing est insupportable.

«Dans le Gouvernement, il y a des gens qui ne travaillent pas pour le Président de la République. Est-ce vraiment le moment de contraindre le peuple à payer un permis de conduire dans une ville qui n’a pas de routes adéquates ? », s’indigne un Kinois, résumant le sentiment d’injustice qui prévaut.

BUMBA, LE REFLET DE L’INCOMPETENCE

La colère est tout aussi vive concernant le contrôle technique, récemment relancé à grands frais en dollars américains par l’Hôtel de ville de Kinshasa. Les observateurs y voient moins une volonté de moderniser le parc automobile qu’une manœuvre politique.

«Sermonné par le Chef de l’État, le Gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, a démontré son incapacité à gérer la capitale. Pour cacher ses insuffisances, il se réfugie derrière un contrôle technique dont le seul but est de nourrir ses alliés de la ville», analyse un expert politique indépendant, pointant du doigt des motivations clientélistes.

Sur le terrain, les policiers déployés, décrits comme « affamés et sous-payés », incarnent la face la plus visible et la plus brutale de ce système. Leur zèle à verbaliser est perçu comme celui d’agents contraints de se remplir les poches pour survivre, achevant de donner à cette opération le visage d’une chasse à l’homme

Permis de conduire ou contrôle technique, les deux dispositifs convergent dans une même logique : faire payer le citoyen. Dès ce lundi, la ville de Kinshasa, déjà connue pour ses embouteillages monstres, risque d’être paralysée par une autre forme de congestion : celle d’une colère populaire face à des autorités accusées d’asphyxier leur propre peuple, sans vision ni pour le pays, ni pour sa capitale.

Pour le cas de la RDC, cette citation d’un penseur anonyme se justifie à tout point de vue : «L’Etat est semblable à une dépouille d’éléphant en pleine forêt. Ceux qui sont les plus rapprochés et qui savent s’y prendre se servent.»

Malheur à nous, pauvre peuple, sur qui retombent toutes les décisions !

Faustin Kuedias

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