Dialogue national ou blanchiment des criminels ?

Il a fallu que le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi effectue un double déplacement à Luanda, en l’espace de seulement quatre jours, pour que la toile congolaise s’enflamme. Alors que rien n’a filtré du contenu réel des entretiens entre les deux chefs d’État, l’angolais Joao Lourenço et le congolais Félix Tshisekedi, à part le petit mot de remerciements du Président congolais à son homologue angolais pour son engagement en faveur de la paix dans l’Est de la RDC, prononcé au micro de la presse lui tendu au sortir de l’audience lors du deuxième voyage intervenu le jeudi 8 janvier 2026.

Cependant, ce double déplacement a donné lieu à l’occasion à certains médias, les réseaux sociaux en première ligne, d’affirmer tout était désormais prêt pour la tenue du dialogue national voulu inclusif. Certains ont même fait savoir que les leaders de l’opposition politique et armée, ainsi que ceux des organisations de la société civile étaient en train de défiler dans la capitale angolaise en marge de préparation de la tenue dudit dialogue. Toutefois, convient-il de souligner, aucune référence n’était faite par les différentes plateformes qui ont donné l’information à un quelconque document ou déclaration officielle – que ce soit du côté congolais tout comme angolais – confirmant la nouvelle.

De même, jusqu’ici, aucune source du côté de l’opposition, politique et armée, n’a confirmé la tenue de dialogue national annoncé à la suite des voyages du chef de l’État en Angola. De quelle source, ceux et celles qui ont annoncé la nouvelle ont-ils tiré l’information ?

En dehors de cette question liée à la source d’information qui continue à poser problème, une question position de fond taraude l’esprit. C’est celle de l’impact qu’on aura ce forum sur la crise sécuritaire qui sévit dans l’Est de la République Démocratique du Congo depuis des décennies, même si les acteurs changent de temps en temps de posture.

En clair, les Congolais veulent savoir le rapport qu’il y a entre la tenue du dialogue national que d’aucuns présentent, les organisations religieuses mises à contribution, comme une solution miracle à la crise sécuritaire que connaît le pays, notamment la guerre d’agression rwandaise. Autrement dit, quelle influence ou pression le dialogue national exercera-t-il sur l’armée rwandaise qui occupe actuellement des villes, territoires et localités en RDC pour qu’elle quitte le territoire national ?

Les dessous des cartes

Les mêmes causes produisant les mêmes résultats, en référence au passé, on peut affirmer sans courir le moindre risque d’être contredit que le dialogue national que réclament les opposants, avec l’appui des hiérarchies des églises catholique et protestante, représentées respectivement par la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et l’ECC (Église du Christ au Congo), vise plutôt autre chose. Les raisons sont multiples pour le comprendre.

Premièrement, la crise sécuritaire qui sévit dans l’Est n’est nullement due à la mauvaise ou manque de cohabitation entre les communautés autochtones congolaises ;

Deuxièmement, cette situation dure depuis plus de trente ans, notamment avec l’arrivée des réfugiés rwandais fuyant des hostilités du FPR (Front patriotique rwandais) chez eux aux lendemains de l’assassinat de leur président Juvénal Habyarimana ;

Troisièmement, la cause ou l’origine de la crise a été clairement identifiée par toutes les organisations et instances internationales, y compris les Nations Unies.

La RDC est victime de l’agression rwandaise. C’est le Rwanda qui agresse la RDC en se camouflant derrière une pseudo rébellion frappée de label congolais comme d’habitude, le M23 qui n’a ni troupes, ni logistique ou encore équipements. Le rapport des experts de l’ONU, qui sont d’ailleurs revenus pour la 3e fois le 30 décembre 2025 sur le dossier, tout comme ceux de différentes organisations aussi bien nationales qu’internationales attestent bien l’agression rwandaise contre la RDC ;

Quatrièmement, la récente sortie du dictateur de Kigali vient de mettre définitivement fin à tous les débats politiques et philosophiques, avec en tête le duo CENCO – ECC, qui tentaient à tout prix de congoliser la crise dans le but de disculper le Rwanda, pour des raisons que la majorité des compatriotes

ignore, et convaincre la communauté internationale de la nécessité qu’il y a pour les Congolais de se réunir afin de trouver des solutions aux problèmes qui les opposent. Paul Kagame, piqué on ne sait par quelle bête, vient d’affirmer à la face du monde que c’est lui et son régime qui font la guerre au Congo parce qu’ils cherchent les terres rwandaises qui auraient été octroyées indûment au Congo lors de tracé des frontières à la Conférence de Berlin de 1885.

Cette sortie vient non seulement de confirmer, après les différents rapports sus évoqués, ce que le Président Tshisekedi soutenait dès le déclenchement de la guerre contre son pays par le Rwanda. Félix Tshisekedi a toujours soutenu que l’insécurité qui prévaut à l’Est de la RDC avec sa cohorte de malheurs – massacres, déplacements massifs des populations, paillage à grande échelle des ressources naturelles congolaises – n’est pas le fait d’une quelconque rébellion congolaise. Il s’agit plutôt de l’agression de la RDC par le Rwanda.

Au regard de ce qui précède, il apparaît aujourd’hui clairement que le dialogue national n’a aucun sens, parce qu’il n’apportera rien comme solution attendue à la guerre d’agression.

Par contre, ceux qui l’exigent à cor et à cri disposent des agendas cachés dont ils se gênent de dévoiler ouvertement au départ pour ne pas s’attirer la colère des Congolais. Malheureusement pour eux, leur plan n’échappe plus à la connaissance du grand public, surtout pour les analystes qui savent comment ça se passe dans de telles circonstances.

En réalité, ceux qui réclament en longueur de journées le dialogue national savent très bien que celui-ci n’apportera pas de réponse à la crise sécuritaire, mieux la guerre que mène le Rwanda en RDC depuis des décennies. Mais, ils cherchent tout simplement à obtenir le blanchiment des crimes commis par ceux qu’ils tentent à tout prix de protéger.

Comme l’avait prévenu en son temps, le Vice-Premier Ministre Jean Pierre Bemba, une fois qu’un tel forum est ouvert, il se développera une dynamique que Kinshasa aura du mal à maîtriser. Le but sera d’abord de remettre en cause les institutions démocratiquement mises en place pour raison de partage des postes. Puis, on réclamera l’amnistie pour blanchir tous les criminels qui n’ont aucun respect ni considération pour la vie humaine. Et partant, obtenir l’annulation de toutes les condamnations prononcées contre ceux qui se sont alliés au Rwanda pour faire la guerre contre leur mère patrie, y compris l’arrêt des poursuites judiciaires contre tous les fugitifs en cavale devenus opposants.

Pour s’en rendre à l’évidence, ceux qui parlent de dialogue n’expliquent pas comment cette rencontre entre Congolais qui n’ont pas de problème de cohabitation entre eux, pourra-t-elle contraindre les troupes rwandaises de quitter le territoire national. La derniere déclaration du président rwandais leur a ôté toutes marges de manipulation de l’opinion.

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