Toute organisation humaine est régie par des règles que tous les membres adhérents sont allés, sinon obligés de respecter. Tout parti politique, tout comme un regroupement ou une plateforme politique n’échappe point à cette logique. Conséquence : lorsqu’on adhère, on a l’obligation d’observer scrupuleusement les règles qui régissent l’organisation et, en plus, se soumettre à la discipline instaurée pour assurer la bonne marche de l’organisation, laquelle est coulée en dispositions de statut.
Partant de ce principe, la sortie médiatique de mercredi 4 mars de Modeste Bahati, à travers une conférence de presse qu’il a animée, a laissé perplexes les bonnes consciences et continue de susciter des interrogations.
Membre du Présidium de l’USN (Union sacrée de la nation), plateforme politique qui soutient les actions du chef de l’Etat, Modeste Bahati Lukwebo a tenu des propos et pris une position diamétralement opposée à la ligne de la plateforme de la famille politique du Président de la République, à laquelle il appartient.
Se positionnant en futur candidat à la prochaine élection présidentielle, Modeste Bahati Lukwebo a donné l’impression de n’avoir plus rien à avoir avec l’USN. Or, la logique voudrait qu’il commence d’abord par démissionner de l’Union sacrée, avant de prendre une telle position, radicalement opposée à la ligne de conduite de la plateforme dont il est membre du Présidium. Il s’agit bien entendu de son refus catégorique à tout projet visant le changement ou la révision de la Constitution. Position qui contrarie avec la volonté exprimée par le Président de la République, fin 2024 et début 2025, respectivement lors de son itinérance à Kisangani dans la province de Tshopo, Lubumbashi dans le Haut Katanga, et Mbuji-Mayi et Kananga dans l’espace grand Kasaï.
Félix Antoine Tshisekedi, Autorité de référence comme le nomment les sociétaires de l’USN, avait expliqué à l’occasion les raisons qui nécessitent de revoir certaines dispositions de la loi fondamentale ou carrément rédiger une nouvelle Constitution qui prendrait mieux en compte les aspirations du peuple congolais. Car, la Constitution actuelle étant celle de la belligérance, elle a été taillée sur mesure dans le but de contenter tous les leaders issus des composantes et entités armées à l’époque.
À part cet argument cardinal, la Constitution du 18 février 2006 accuse aussi une forte lourdeur administrative pour assurer la bonne marche de l’Etat. Elle ne permet pas au Président de la République élu de mettre en place rapidement un gouvernement afin de s’attaquer aux priorités. Pire encore, l’actuelle Constitution consacre le bradage de la souveraineté nationale. Voilà quelques raisons non exhaustives présentées par le chef de l’Etat au cours des échanges avec ses compatriotes qui lui ont renouvelé leur confiance pour conduire leur pays vers des lendemains meilleurs.
Mais voir quelqu’un, de surcroît membre du bureau de l’USN, aller à l’encontre de cette position, c’est inadmissible en politique. Une telle attitude peut être qualifiée de trahison, car elle va au-delà d’un simple manque de discipline au sein de la plateforme.
Par ailleurs, pour comprendre ses intentions d’éventuel candidat à la magistrature suprême, une ambition noble qu’on ne peut interdire à personne dans une démocratie, Modeste Bahati Lukwebo a déclaré : ceux qui soutiennent que Félix Tshisekedi a une mission et non un mandat sont des flatteurs. Car, le Président de la République a un mandat clair, prescrit par la Constitution et qui court jusqu’en 2028.
Une sortie médiatique qui suscite des interrogations!
Alors qu’il est resté longtemps taiseux, à l’instar de plusieurs leaders du grand Kivu, pendant que leur terroir traversait des pires moments de son histoire, le président national du parti AFD-C a surpris l’opinion par cette sortie médiatique. Car, réalisée au moment où la lueur d’espoir pour le retour de la paix dans l’Est pointe à l’horizon, grâce notamment aux sanctions américaines contre l’agresseur rwandais.
Quand les villes de Goma, Bukavu (son fief), Uvira et autres localités sont tombaient entre les mains de l’envahisseur rwandais et ses supplétifs de l’AFC/M23, Bahati Lukwebo n’a pas fait une quelconque déclaration, pour ne fût-ce que condamner l’occupation des villes et les massacres qui s’en étaient suivis, en guise du soutien moral à ses électeurs qui vivaient le cauchemar ! Des tueries au quotidien, la population vivant dans le désespoir et l’angoisse, des viols et vols devenus des mets quotidiens…tout ça ne l’a jamais préoccupé, ni suscité en lui un quelconque sentiment de compassion. Seulement la retouche de la Constitution qu’il trouve plus importante que la vie des Kivutiens et l’intégrité territoriale de la RDC !
A propos de la Constitution que le leader de l’AFD-D ne veut pas qu’on retouche dans le sens de la révision ou du changement, la curiosité pousse à se demander ce que le professeur Bahati Lukwebo trouve de plus précieux dans cette Constitution, élaborée à l’étranger et par les étrangers pour raison de la cause. Quelques uns de ses rédacteurs, dont le professeur Bob Kabamba soutient publiquement que la Constitution de 2006 n’est plus adaptée aux réalités congolaises. Elle a été taillée sur mesure en vue de contenter les belligérants.
Alors, que Modeste Bahati soit clair pour expliquer aux Congolais : pourquoi s’oppose-t-il à la révision ou au changement de la Constitution? Alors qu’il est, lui-même, conscient qu’il contient des incongruités qu’aucun peuple voulu souverain et libre ne peut accepter? Trouve-t-il des intérêts personnels dans la situation d’insécurité que connaît le grand Kivu ? Puisque ceux dont la violence et l’instabilité dans l’Est stimulent mieux le business qui ne veulent pas voir les choses changer. Le statu quo les arrange bien.
Constitution : vivement un débat public
Face à la situation d’insécurité permanente entretenue dans l’Est du pays pendant plus de trente, la majorité des Congolais soutient visiblement l’idée du changement radical de tout arsenal juridique ayant permis toutes ces violences et pillages des ressources nationales qu’on enregistre dans la partie orientale du pays, grâce notamment à l’infiltration rendue possible par les fameux mixage et brassage, ainsi que d’autres méthodes de gouvernance à la base de la flagellation de notre pays. S’opposer est un choix, la démocratie oblige. Cependant, en tant que scientifique, l’opinion souhaiterait voir cette question faire l’objet d’un débat public. Par exemple, organiser une tribune à la télévision nationale où le professeur Modeste Bahati sera opposé aux partisans du changement de la Constitution. C’est le cas des professeurs Evariste Boshab, qu’il a d’ailleurs critiqué lors de sa conférence de presse, André Mbata, Jacques Djoli ou encore Nsingi Pululu, l’un des partisans farouches du changement de la Constitution. Là, le peuple aura l’occasion de juger les arguments des uns et des autres. Ce qui lui permettra de faire le choix et trancher en cas de référendum organisé sur la question.
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