Bahati Lukwebo, un rétropédalage qui ne change rien

« Je présente mes excuses et réaffirme ma loyauté au chef de l’Etat, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi et mon engagement au sein de l’Union Sacrée de la Nation ». C’est l’essentiel du contenu de la correspondance que le 2e vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo a adressée, hier mardi 10 mars, à ses collègues sénateurs.

Dans cette même correspondance, il tente de rectifier ses propos tenus au cours de sa conférence de presse de mercredi 4 mars 2026, lesquels sont à la base de la désolidarisation dont il est aujourd’hui l’objet de la part de ses collègues sénateurs et ses camarades membres de l’USN. Il s’agit bien entendu de son opposition à une éventuelle retouche de la Constitution du 18 février 2006, que ça soit pour la révision ou le changement de la loi fondamentale.

« Nulle part, il n’est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution », clame l’autorité morale de l’AFDC-A, avant d’indiquer que ses propos ont été sortis de leur contexte. « Je disais qu’il faut d’abord changer les mentalités avant de changer la Constitution ».

Il a, en outré, laissé entendre qu’il répondait plutôt à une question hors sujet lui posée. « Ma réponse a été mal comprise « , clame-t-il. Toutefois, il plaide pour un débat au sein de l’USN.
Par ailleurs, Modeste Bahati dénonce une cabale qui serait montée contre lui autour de l’acquisition de la succursale de la société Bralima à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu dont il est originaire, actuellement sous occupation de l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC/M23.

On rappelle la correspondance de Modeste Bahati Lukwebo à ses collègues sénateurs intervient presqu’une semaine après sa conférence de presse ayant suscité de polémiques, dans un contexte de vives tensions. Car, on apprend qu’une pétition serait en cours en vue de le defenestrer du Bureau de la Chambre haute. Celle-ci aurait même dépassé 40 signatures, alors que le quorum exigé est de 22 signatures.

Les habitudes ont la peau dure

Comme il fallait s’y attendre, les propos tenus par le président national de l’AFDC-A, Modeste Bahati Lukwebo lors de sa conférence de presse du mercredi 4 mars 2026 à Kinshasa, ont du mal à bénéficier d’un quelconque soutien de la part de ses proches et alliés politiques. Toutes les réactions enregistrées jusqu’ici sont celles de désapprobation. Aucune réaction allant dans le sens de soutien ou encouragement n’est enregistrée.

Ainsi, après ses collègues membres du Bureau du Sénat, c’est le tour de son propre groupe politique AFDC-A de se désolidariser du deuxième vice-président de la Chambre haute du Parlement. Tous se disent scandalisés par les propos de Bahati Lukwebo tenus par l’autorité morale de l’AFDC-A, qui est d’ailleurs membre du Présidium de l’USN !

Dans sa déclaration rendue publique hier lundi 9 mars dernier, le Groupe politique de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) du Sénat, fait savoir que la sortie médiatique de l’Autorité morale n’a jamais fait l’objet d’aucune discussion ni validation préalable au sein du groupe aux fins de délibérer. Par conséquence, sa prise de position exprimée n’engage que lui-même, et est appelé à en tirer toutes les conséquences politiques qui en découlent.

Par la même occasion, le Groupe politique AFDC-A/Sénat exprime son soutien et fidélité au Président de la République, haute Autorité politique de l’Union sacrée de la nation. Conséquence de la situation : le Groupe politique de l’AFDC-A/Sénat se désolidarise de son autorité morale, Modeste Bahati Lukwebo.

Au-delà du Sénat, chambre où Modeste Bahati Lukwebo siège au Bureau en qualité de 2eme vice-président, des réactions des partis politiques membres de l’USN ont été également enregistrées. C’est le cas de l’UDPS avec son Secrétaire général faisant office de président ai, Augustin Kabuya ; de la CRD de Christophe Mboso Nkodia Pwanga ; de l’AVC de Didier Budimbu. Tous ces partis désapprouvent les propos de Modeste Bahati.

À qui le prochain tour? Sûrement que les déclarations de désolidarisation et condamnation vont continuer à pleuvoir, vu le nombre elevé des partis et personnalités politiques qui composent l’USN.

Pour les analystes de la scène politique nationale, qui disent ne pas être surpris par les réactions provoquées par la prise de position de Modeste Bahati Lukwebo, pensent que le concerné savait bien qu’une telle prise de position allait provoquer des réactions. Mais, il sait pourquoi a-t-il agi ainsi. Il en connaît les raisons s’il tente de le regretter sans toutefois rejeter en bloc.

D’aucuns soupçonnent une fuite en avant du deuxième vice-président du Sénat, tenant compte de certains dossiers explosifs à son encombre. Il vient d’ailleurs d’en évoquer un, dans sa correspondance adressée hier au Sénat.
Conscient de la situation et des conséquences que ces dossiers pourraient entraîner, d’aucuns estiment que le concerné aurait choisi la voie de se victimiser en cas de poursuites judiciaires, après les sanctions de sa plateforme politique.

La loyauté est une règle d’or

Nombre des acteurs politiques congolais sont habitués au double jeu, en misant sur plusieurs tableaux pendant qu’on est officiellement connu appartenir à une telle famille ou plateforme politique. Ce qui fait que certains auraient même juré de jamais faire l’opposition. D’où, toutes les manœuvres politiques sont mises à contribution pour ne pas perdre la face. Ce qui explique qu’ils sont toujours aux affaires, dans tous les régimes politiques, même ceux dont la succession a été brutale, pour ne pas dire violente !

Par ailleurs, l’opinion ne cesse de s’interroger sur la motivation exacte de la sortie médiatique du leader de l’AFDC-A, lui qui est resté silencieux, à l’instar de plusieurs leaders politiques du Grand Kivu, au moment critique. C’est-à-dire lors de l’avancée l’armée rwandaise sous couvert de l’AFC/M23, particulièrement la prise des villes de Goma et Bukavu.
Certains compatriotes courageux n’ont pas manqué de fustiger le silence jugé suspect des leaders kivutiens. Étaient-ils en train de jouer sur deux tableaux?

Cette question était sur les lèvres des Congolais. Même le Président de la République a eu à dénoncer observé dans le chef des nombreux sociétaires de l’USN lors de la réunion convoquée aux lendemains de l’occupation de Goma et Bukavu, au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, à Mont Ngaliema.

L’histoire renseigne qu’en politique, le manque de loyauté dans les engagements finit toujours par se faire découvrir. Les conséquences sont parfois fatales. Car, l’on peut définitivement compromettre sa carrière politique ou perdre même sa vie.

Lorsqu’on s’engage, on est tenu de respecter la Charte de l’Organisation à laquelle on a souscrit. Si on estime que l’idéal poursuivi n’y est plus, il faut carrément jeter l’éponge et rester libre d’agir sans aucune contrainte.

Seulement, il reste à savoir si cela n’entamerait pas sa crédibilité, quand on sait que la versatilité n’a jamais produit de bons résultats en termes d’image de marque.

Infodernières

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