Au-delà du pari gagné par Grâce Kutino, le besoin d’une nouvelle classe politique urge

Mettre en un claquement de doigts de milliers des jeunes sur la rue là où des professionnels de la politique peinent à faire une démonstration de force pour se prévaloir du peuple, et passent finalement pour des champions de la reculade, c’est un grand exploit. Surtout pour défier les contestataires du changement, le cas échéant, de la révision constitutionnelle. Sous-estimée, objet de moquerie et de mépris dans les médias et sur la toile, elle a joué et gagné. Elle, c’est Grâce Kutino, ministre congolaise de la Jeunesse, et fille du célèbre évangéliste Kutino Fernando mis hors d’usage par le régime Joseph Kabila. On l’a vue, juchée sur un pick-up de la police, à la tête d’une marée humaine, essentiellement des jeunes. Elle n’est plus moins une mesure étalon en termes de drainage des foules. Au-delà de ce pari gagné, le besoin d’une nouvelle classe politique urge. L’ancienne, constituée des professionnels des dialogues, est en manque de capital-confiance. Les attaques personnelles du C64 Prince Epenge en sont une illustration. Rien donc à proposer. Il y a donc un vide qui doit être comblé.

En quelle qualité a-t-elle mobilisé ? En tant que ministre ou acteur politique ? N’ayant pas parcouru tout le pays, elle ne peut prétendre parler au nom de toute la jeunesse congolaise. Elle n’est pas instruite. Elle a « motivé » les manifestants : 10 000 FC par personnes. Elle a mis les fidèles de son Eglise sur la rue. C’est en ces termes frisant la dérision, le dénigrement et le manque de considération que d’aucuns ont snobé Grâce Kutino, ministre congolaise de la Jeunesse, en rapport à son projet de mobiliser les jeunes pour le « OUI » au changement de la Constitution. Il y a eu même plus. Le C64 Prince Epenge, président d’un parti-mallette, n’y est pas allé de mainmorte. Il l’a traitée carrément de « droguée » parce que deux ou trois mamans étaient aperçues dans la procession.
Quels que soient les moyens utilisés qu’on lui prête pour gagner son pari, une réalité est là, indéniable : Grâce Kutino a mis, le 12 août, jour dédié à la jeunesse, de milliers des jeunes sur la rue dans une procession avec respectivement comme points de départ et de chute le croisement des Boulevards Lumumba et Sendwe et le parvis du Centre culturel et artistique des pays de l’Afrique centrale, en face du Palais du Peuple, sur le Boulevard Triomphal. A la tête du cortège à l’exemple d’un guide, juchée sur un pick-up de la Police nationale, elle a conduit à pas de tortue, sur près de 3 km, la colonne des marcheurs qui avait occupé les deux voies, paralysant ainsi la circulation sur ce tronçon pendant plusieurs heures.
La ministre de la Jeunesse aura été même très audacieuse en plaçant sa marche sous le signe de changement de la Constitution, une question qui divise profondément la classe politique congolaise en ce moment. Et pour marquer leur détermination et assumer leur choix, les manifestants étaient habillés en T-shirts rouges marqués d’un slogan : « Oui, je le veux ».
Au point de chute, le jeune pasteur de l’Eglise Armée de la victoire n’a pas utilisé des détours. Se prévalant d’avoir réuni un échantillon représentatif de la jeunesse congolaise aussi bien à l’interne qu’à l’externe, elle a déclaré agir dans la vision du chef de l’État, pour qui la jeunesse est un acteur important de la construction nationale. A l’en croire, les jeunes ne venaient pas demander des privilèges, mais plutôt davantage de responsabilités dans la gestion et l’avenir du pays. A cet effet, elle a remis le jour suivant leur cahier de charge au président de la République à Mont-Ngaliema.
Avec cette démonstration de force, la ministre Grâce Kutino s’est invitée au cœur du débat sur la Constitution. De quoi ne pas enchanter les sociétaires de la C64 qui font des grimaces depuis près de deux mois, incapables de drainer une marée humaine dans les rues de Kinshasa pour changer le rapport de force envers le pouvoir. Cela malgré l’achat des consciences en mobilisant à coup de billets de banques. Un d’entre eux, Alain Bolodja n’a pas eu froid aux yeux pour le dénoncer solennellement. Bien au contraire, ils sont passés champions en reculade. Président d’un parti-mallette lui légué par feu le Libano-Congolais Chalupa, Prince Epenge n’a pas ainsi contenu son courroux.
Mais au-delà de ce pari gagné par la fille du renommé évangéliste Kutino Fernando, rendu inapte par le régime de Joseph Kabila, il y a besoin urgent d’une nouvelle classe politique. L’ancienne, constituée des spécialistes des dialogues, est en manque de capital-confiance et est de plus en plus snobée par le peuple. Sans scrupules, d’aucuns parmi ses membres, dans l’opposition comme dans la majorité, se mettent au service des agresseurs du Congo pour leurs intérêts mesquins. Ils n’ont rien à proposer. Il y a donc un vide qui doit être comblé.
 Moïse Musangana

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