En politique, on utilise plusieurs styles de langage pour exprimer une réalité ou annoncer une décision, selon les cas. Parfois, certains styles semblent difficiles pour les non initiés et exigent beaucoup plus de sens d’analyse pour déceler le message transmis ou émis. Une pratique qui exige un peu plus de lucidité, capacité d’analyse et sens de compréhension politique pour déchiffrer le vrai message émis dans un langage qui n’est pas approprié pour le commun des mortels.
Pour la première fois, depuis son accession au pouvoir en janvier 2019, on a vu le Président de la République exprimer publiquement sa colère de manière la plus ouverte, lors de son passage au grand Marché de Kinshasa appelé « Zando » en langue Lingala, dans le cadre de la visite d’inspection de divers chantiers ouverts dans la capitale. Le public kinois a vu le Premier Citoyen Congolais parler sans gants au ministre provincial des Infrastructures, représentant le gouverneur absent de la capitale, sous un ton sec et menaçant, figure fermée…attitude que Félix Tshisekedi, affectueusement appelé « Fatshi Béton »par ses compatriotes, n’a jamais extériorisée même au plus fort de la crise politique qui l’avait opposé au début de son mandat à la famille politique de son prédécesseur avec laquelle il était obligé de faire la coalition pour la gouvernance du pays, en dépit des coups qu’il subissait.
Déçu et révolté par l’inaction qui frise l’indifférence, mieux l’incapacité de l’Autorité provinciale face au désordre indescriptible érigé en règle autour de cette infrastructure d’envergure, laquelle a coûté énormément au Trésor public pour sa construction, le chef de l’Etat n’a pas caché sa déception, désolation.
Le Président de la République est-il passé à l’action ? C’est la question que l’on se pose, surtout avec l’annonce de la création d’une Task-force, faite au Conseil des ministres du vendredi 29 mai dernier, laquelle sera placée sous son autorité directe et chargée spécialement de l’assainissement et la salubrité de la capitale, Kinshasa. Les violons s’accordent chez les analystes pour soutenir que le chef de l’Etat a décidé de prendre les choses en main face à l’indifférence, signe d’incompétence, dont le gouvernement provincial fait montre devant le pourrissement de la situation sur tous les plans : assainissement et salubrité, insécurité, embouteillages monstres au quotidien…bref, aucune organisation en termes de gestion de la ville n’est entreprise !
Daniel Bumba : la déception !
Elu presqu’à l’unanimité par les députés de la majorité, son propre parti ayant la majorité à l’Assemblée provinciale, Daniel Bumba a déçu les espoirs placés en lui par les Kinois dont il est, lui-même, l’émanation ! Car, il n’y a à ce jour aucun projet initié et financé par la ville avec ses fonds propres. On croyait au début que les chantiers routiers, construction et réhabilitation de la plupart des grandes artères, qui se réalisent à travers Kinshasa, étaient l’oeuvre du gouvernement provincial avant l’intervention de l’exécutif national en renforcement budgétaire. Hélas, quelle n’a pas été la surprise désagréable d’apprendre, lors du passage du ministre national des Finances à l’Assemblée nationale, que tous les chantiers routiers à Kinshasa sont totalement financés par le Gouvernement central, et qu’il n’y a aucun sou mis par le gouvernement provincial !
C’est ici qu’il faut poser la question de savoir : que fait-on alors avec les différents fonds générés par la ville ? À quoi sont-ils affectés ?
Quand on sait combien la ville de Kinshasa génère comme recettes quotidiennement (collecte dans les divers marchés et wenze disséminés à travers Kinshasa, parkings, ports, boutiques, auprès des automobilistes, gopass, taxé urbaine sur tous les opérateurs, etc.), on est en droit de réclamer des comptes au gouverneur, Daniel Bumba, pour qu’il nous dise ce qu’il fait réellement avec l’argent du contribuable kinois ? L’IGF (Inspection générale des Finances) devrait à son tour entrer en action aux fins d’enquêter sur l’affectation et l’utilisation des recettes générées aussi bien quotidiennement que mensuellement par l’exécutif provincial de la capitale.
Entre-temps, rien n’est fait dans le sens de gouverner la ville ! L’insécurité connaît une recrudescence exponentielle inexpliquée. C’est chaque jour qu’on déplore des cas d’assassinats, cambriolage, vols à main armée, enlèvement, banditisme sous diverses formes, etc. Aucun effort de l’autorité urbaine pour remédier à tous ces maux.
Que dire des embouteillages monstres impactant la productivité auxquels l’exécutif provincial s’est bizarrement habitué et trouve cela comme une situation normale, parce que ne donne aucun signe d’en être particulièrement préoccupé !
Le curage des rivières urbaines, dont le coup d’envoi a été donné il y a quelques mois, s’est arrêté comme si le travail était terminé !
On se réveille tardivement, après les dégâts !
Curieusement, il a fallu que le Président de la République exprime sa colère et brandisse des menaces pour voir Daniel Bumba ordonner la mise en service des engins de salubrité de la ville qui étaient immobilisés pendant de longs mois, sans raison. Alors qu’une forte médiatisation avait entouré l’arrivée d’une centaine de camions Ben habilités pour assurer l’assainissement de la ville, l’opinion n’a jamais compris pourquoi ces engins restaient immobilisés pendant des mois sans les utiliser ? Entre-temps, les montagnes d’immondices ne faisaient que se multiplier à travers la ville, y compris le centre-ville et plus précisément le boulevard du 30 juin, cette voie miroir censée être bien soignée parce-que reflétant l’image de la capitale, et par-delà, celle du pays tout entier. Le long de cette voie, jonchaient des poubelles qui renvoyaient des odeurs nauséabondes indisposant des passagers, surtout avec les embouteillages devenus pain quotidien à Kinshasa !
Les travailleurs impayés durant plusieurs mois !
Pire encore, malgré d’immenses recettes récoltées, Daniel Bumba ne paye pas les fonctionnaires de l’administration urbaine, agents des services techniques ainsi que les membres des cabinets ministériels de son gouvernement ! Le personnel de l’administration urbaine venait de manifester il y a quelques deux à trois semaines, mais jusqu’ici rien n’est encore fait dans le sens d’apporter des réponses aux revendications des travailleurs de l’administration urbaine. Idem pour les agents de différents services techniques de l’administration urbaine et le personnel des cabinets ministériels du gouvernement provincial !
Que fait alors Daniel Bumba avec toutes les recettes que génère la ville capitale de la République Démocratique du Congo ?
Partant de cette analyse, les observateurs sont d’avis que la création d’une Task-force spéciale chargée de l’assainissement et salubrité, par le chef de l’Etat après sa déception face au pourrissement de l’environnement dans la capitale lors de sa visite d’inspection, constitue un désaveu à l’égard des autorités urbaines dont le comportement donne à conclure à leur incapacité de gérer Kinshasa. D’où, Daniel Bumba est appelé à tirer les conséquences de la situation.
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